Halte à la répression de la jeunesse mobilisée au Maroc

Depuis samedi dernier, le Maroc est secoué par une nouvelle vague de contestation portée par le mouvement GenZ212, une initiative de jeunes auto-organisés nés sur les réseaux sociaux. Ce mouvement porte des revendications sociales, notamment l’amélioration des systèmes publics d’éducation et de santé. Il intervient dans un contexte marqué par l’abandon progressif des services publics de santé (à l’instar du récent décès de huit femmes à la suite d’une césarienne dans un hôpital public à Agadir) et d’éducation, au profit d’intérêts privés. Il se manifeste également par un retard incompréhensible dans la réhabilitation de la région d’El Haouz, touchée il y a deux ans par un séisme, ou encore par une crise de la soif affectant certaines régions du pays. L’un des principaux slogans du mouvement, « Priorité à la santé, nous ne voulons pas de la Coupe du monde », illustre la déconnexion profonde entre les choix politiques de l’État marocain et les droits, besoins et priorités de la population et de la jeunesse marocaine. 

Plusieurs villes ont connu des manifestations pacifiques depuis samedi dernier. L’Etat marocain a choisi une fois de plus de répondre à cette mobilisation par la répression : arrestations, violences physiques et intimidations visant les manifestant·e·s mais aussi des passant·e·s. Des images troublantes montrent des véhicules de police chargeant des manifestant·e·s, causant au moins deux blessés graves à Oujda dans le Nord-Est du pays, ainsi que l’utilisation d’armes létales à Lqliâa, près d’Agadir, où trois personnes ont trouvé la mort dans des circonstances floues et encore inexpliquées.

Cette réponse sécuritaire constitue une violation flagrante du droit de manifester pacifiquement, du droit à la libre circulation et de la liberté d’expression. Nous rappelons que ces droits sont garantis non seulement par la Constitution, mais aussi par les conventions internationales ratifiées par l’État marocain. Ce recours à la violence contre les manifestant·e·s n’a malheureusement rien d’exceptionnel, il s’inscrit dans une logique de criminalisation systématique de la contestation sociale populaire, comme l’ont montré les précédents mouvements sociaux (Hirak du Rif, Jerada, etc.).

Face à la répression en cours, l’AMDH Paris/IDF suit avec une profonde inquiétude l’évolution des événements et exprime sa solidarité avec les manifestant·e·s, les détenu·e·s et les victimes de cette répression, ainsi qu’avec leurs familles. Nous exigeons ainsi :

  • Justice pour les trois jeunes abattus par des gendarmes à Lqliâa, ainsi que pour les blessé·e·s d’Oujda, et la poursuite immédiate de tous les responsables des violences infligées aux manifestant·e·s.
  • La libération immédiate, inconditionnelle et sans charges de l’ensemble des détenu·e·s arrêté·e·s dans le cadre de ce mouvement, ainsi que la libération de tou·te·s les prisonnier·ère·s politiques et d’opinion au Maroc.
  • Le respect total des droits fondamentaux, notamment le droit de manifester pacifiquement, d’informer, de circuler librement et la liberté d’expression.

Le bureau de l’AMDH Paris/Ile-de-France

Paris, le 3/10/2025

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