Il y a un an, le mouvement GenZ 212, porté principalement par des jeunes, appelait à manifester pacifiquement au Maroc. Il est né de l’indignation provoquée par la mort de huit femmes enceintes à l’hôpital d’Agadir, après des césariennes pourtant pratiquées couramment. Ses principales revendications portaient sur le droit à la santé, à l’éducation, à l’emploi et la lutte contre la corruption structurelle.
Un des slogans de ce mouvement, organisé sur des serveurs Discord, résumait l’état d’esprit de ces jeunes : « La santé en priorité ! Nous ne voulons pas de la Coupe du monde ! » Au-delà de l’expression d’une revendication légitime, ce slogan montre non seulement la déconnexion entre les décisions politiques de l’État et les besoins et droits les plus fondamentaux de la population, mais souligne aussi l’absence de mécanismes démocratiques permettant au peuple marocain de décider de ses politiques publiques et de ses priorités.
Ce mouvement, pourtant largement soutenu par l’opinion publique, a été confronté à une répression violente de la part des appareils sécuritaires et judiciaires de l’État. Plusieurs milliers de jeunes, dont une centaine de mineurs, ont été arrêtés pendant ou en marge des manifestations. L’AMDH a documenté des gardes à vue sans accès effectif au droit à la défense, des audiences expéditives, des procès-verbaux contestés et des peines allant jusqu’à 15 ans de prison ferme. À titre d’exemple, le tribunal d’Agadir a prononcé, en une seule audience, 260 années de prison au total contre 33 personnes. Au 30 septembre 2026, l’AMDH recense encore 662 personnes incarcérées en lien avec ce mouvement, dont des mineurs privés de leur droit, entre autres, à l’éducation.
La répression a également pris une forme meurtrière dans la région d’Agadir, où la gendarmerie a fait usage de balles réelles, tuant trois jeunes, en toute impunité. L’enquête de l’AMDH établit que les victimes n’étaient pas armées, ne représentaient aucun risque pour les gendarmes et se trouvaient en dehors du périmètre de la caserne de gendarmerie.
Enfin, cette répression ne s’est pas limitée aux rues et aux tribunaux : elle a aussi visé des artistes, notamment des rappeurs et des caricaturistes, ainsi que des jeunes de la diaspora qui avaient soutenu le mouvement. Cette réponse sécuritaire viole les engagements internationaux du Maroc, notamment les articles 6, 10 et 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ainsi que les articles 20, 25 et 29 de sa propre Constitution, qui garantissent le droit à la vie et les libertés d’opinion, d’expression et de manifestation pacifique.
Un an après le mouvement GenZ 212, les revendications légitimes du mouvement sont encore lettre morte. Les annonces de l’automne 2025 n’ont produit aucun effet mesurable, dans un contexte d’augmentation de la précarité du peuple marocain. Les événements de fin juillet à Sebta (Ceuta) et Mlilya (Melilla), villes marocaines occupées, en témoignent de façon criante : des dizaines de milliers de Marocain·es, en majorité des jeunes dont de nombreux·ses mineur·es, ont pris des risques considérables, au prix de plus de 130 vies perdues selon nos camarades de l’AMDH au Maroc. Ces événements révèlent le climat de désespoir et de précarité qui pousse une partie de la jeunesse à risquer sa vie pour quitter le pays, faute de perspectives et de conditions de vie dignes. L’abstention record aux législatives de septembre 2026 (participation d’environ 22 % des citoyen·nes en droit de voter) confirme la rupture et la perte de confiance envers l’État et ses institutions.
L’AMDH Paris/Île-de-France :
- Soutient le mouvement GenZ 212, les victimes de la répression et leurs familles ;
- Condamne la réponse répressive apportées aux revendications légitimes de la jeunesse, ainsi que les atteintes à la liberté d’expression visant les artistes, les militant·e·s, les journalistes et, plus largement, toutes les voix libres du pays ;
- Exige l’ouverture d’une enquête indépendante sur les homicides de Lqliaa, et la poursuite de toutes les personnes responsables de cette tragédie, quel que soit leur rang dans la hiérarchie;
- Exige la libération immédiate des 662 détenu·e·s du mouvement GenZ 212, ainsi que de tou·te·s les prisonnier·ère·s politiques et d’opinion.
L’AMDH Paris/Ile-de-France
Le 04/10/2026
